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marc jaffeux





Un déicide
récit
Chez Sulliver en 2017, 160 pages, 13 euros.

     Ainsi, dix ans plus tôt, d’un mot isolé mais vif, impératif, la phrase spontanément se forme, elle se déploie à côté de moi avec une plénitude entière, une présence intense comme celle de certaines couleurs — en fait de la couleur que le mot évoque et à laquelle la phrase, à présent, se confond. Nous discutions du jardin, des outils…
     (
     Il est brun, il est mince, il est fou. Sa main bat, ses pieds dansent, ses yeux s’ouvrent, et je dis qu’ils sont grands, je dis qu’ils sont vides, et brillent.
     )
     J’allais répondre à une question : sans un bruit, alors, mais en vertu d’une sensibilité presque fatale à certaines résonances qu’à certains moments certains mots émettent (résonances en auréoles larges qui déclenchent le processus, le stimulent, l’entretiennent jusqu’à peut-être l’épuiser), sans un bruit la phrase nouvelle s’est émue. J’ai aussitôt fermé les yeux…
     (
     Il est grand, il est fort, il est droit. C’est un roi. Il voit.
     )
     Pour lentement les rouvrir…
Deux articles de Marc Jaffeux publiés par Act Up-Paris, proches de la thématique d’Un déicide : « Relation malade/médecin, prenez le pouvoir » dans Action n52, mars 1998 ; « Quand hospitalisation rime avec aberration » dans Protocoles n61, mai 2010.




C’est là-bas
roman
Chez Sulliver en 2016, 464 pages, 22 euros.
C’est là-bas ! Cela existe !
Une larme, le feu . . .
Venez ! Nous partons !
La fange, la soie . . .
C’est là-bas et nous n’en savions rien !
Le mur en grès rouge, le mur en opale, et les portes . . .
C’est là-bas, et nous y allons, maintenant !
Les seuils . . .
Tout ce dont nous avions rêvé, et c’était là-bas, à nous attendre !
L’herbe folle, le sable noir, la cendre des morts . . .
C’est là-bas, cela existe vraiment !
L’argile bleue, la terre brûlée, les chiens libres . . .
Venez !
Les cris, le crissement de l’écorce du riz, les rires . . .
C’est là-bas !
Une mèche tressée qui brûle tout le jour . . .
Venez !
Des offrandes orange en cercle sur l’eau . . .
C’est là-bas, et nous ne pouvons plus l’ignorer !
Mille vérités, trois dieux uniques, le rêve comme géographie, et l’illusion pour doctrine . . .
Venez !
« Un roman sur l’Inde du Tout et de son contraire, le désordre comme chant de tolérance. » Patrick Levy, écrivain de spiritualité.




Etymologie d’une dictature
récits
Chez Sulliver en 2015, 128 pages, 11 euros.

     La peur ; la faim ; la mort. C’est une parole, dont le secret est perdu, aux effets extrêmes [la peur, la faim, la mort].
     Les armes ; les chaînes ; les gifles ; le style. Une parole précise : nous savons seulement qu’elle puisait sa puissance en partie en dehors des mots, à travers des forces qui lui étaient étroitement articulées [les armes, les chaînes, les gifles, le style]. Nul ne comprend plus le motif de ces articulations : on a parlé parfois « d’intérêt », parfois de « folie ».
     La plage ; la presse ; les dorures ; la fiction. Cette parole a pour cible les personnages et connaît un champ d’application spécifique, qui est celui du décor [la plage, la presse, les dorures, la fiction]. C’est une parole qui érige les décors en réalité unique et, grâce aux forces qui lui sont articulées, réduit les paroles divergentes à la célébration des mêmes décors, ou au silence. Car la parole dispose, selon la nature desdites forces, des moyens de soumettre à autorisation l’activité même du personnage : ses lectures, ses réunions, ses voyages, sa profession, ses amours, sa santé. Aussi, la parole est-elle rarement contrariée pendant la fabrique des décors, fabrique dont il s’agit de reconstituer les modalités...
Glossaire établi par Mohammed Mezziane. Initialement paru dans la revue Kalima Tunisie n14-29 (mai 2003 / octobre 2004).
« Une belle approche critique, par la littérature, de la politique et de ses mensonges établis, une dénonciation de la fabrique des consensus qu’on peut croire démocratiques lorsqu’on se laisse aveugler par les mots. » Leyla Dakhli, La Quinzaine littéraire, 16 octobre 2015.




Lazyq
récit
Chez Marie Delarbre en 2014, 72 pages, 15 euros.

Si nous levions les yeux, l’horizon cousait la terre au ciel : il nous fermait le passage ; et dans l’ourlet épais, il y avait la ville, avec ses tours, ses autoroutes, sa rumeur lourde. L’eau vive, après avoir plu, giclé, ruisselé, s’être brisée sur les toits, sur le zinc, sur l’asphalte, puis ramassée en longues galeries qui, se croisant, s’aggloméraient, pendant la nuit, au creux du bitume, même l’eau nous opposait une surface insensible au souffle, et dure, gelée. Aussi, aucun de nous ne songea d’abord à chercher en elle CE qui s’était effectivement perdu à l’avènement de l’époque moderne, dont nous ne savions plus grand-chose.





Le jaune des fleurs du genêt d’Espagne
théâtre
Chez Eclats d’encre en 2013, 87 pages. Version papier épuisée.
Disponible en édition électronique. 6,99 euros.

1.
L’Amour enlace le Temps. L’étoffe de la Nuit tombe sur eux et les couvre.
Noir.

2.
Assis de profil d’un côté et de l’autre de l’étoffe, donc aux extrémités opposées de la scène :
Une femme — Que s’est-il passé ?
Un homme — Je ne sais pas.
Une femme — Que s’est-il passé pour qu’à cet instant…
Un homme — Je relève la tête ? Précisément à cet instant ? Je ne sais pas.
Une femme — Ai-je bougé ?
Un homme — Vous n’avez pas bougé.
Une femme — Un oiseau aurait-il chanté ?
Un homme — Ce serait plutôt le vent.
Une femme — Oui.
Un homme — Un vent sans air, le vent de vos yeux, car n’est-ce pas vous me regardiez ?
Une femme — Oui.
Un homme — On dit que le regard se pose. J’ai senti votre regard se poser sur moi. J’ai su sans le voir que vous me regardiez.
Une femme — Vous avez relevé votre tête.
Un homme — Et je vous ai vue...





Entendez-vous les images fondre
théâtre
suivi de
Le souvenir sans objet, théâtre
Castel-Atroce, récit
Chez Eclats d’encre en 2002, 136 pages. Version papier épuisée.
Disponible en édition électronique revue et corrigée. 6,99 euros.
Treize comédiens de dos, alignés sur une scène à peine plus haute qu’eux, de manière à dissimuler au public ce qui se trouve derrière eux. Après un long silence :
5 — C’est un peu…
11 — Comme si ?
Silence.
9 — Comme si ?
1 — Il semble…
12 — Comme, parfois…
2 — Oui, un peu…
3 — Rien qu’un peu…
13 — « Rien… »
1 — « Rien » seulement.
4 — « Rien » ?
6 — Oui, « rien », d’abord…
5 — Rien qu’un peu.
10 — Oui, un peu comme…
11 — Vous entendez ?
Silence. 11 et 7 ensemble :
11 — Vous entendez ?
7 — Le passé.
8 — Pas encore.
8 et 7 ensemble :
8 — Pas encore.
7 — Le passé
8 — Pas encore.
5 — C’est un peu…
9 — Comme si (
13 — Rien qu’un peu…
6 — Maintenant ?
2 — Oh, si peu…
3 — Presque rien…
4 — Impercepti (
10 — Blement…
5 — Un peu comme…
12 et 8, 10 ensemble :
12 — Déjà, déjà le désir de comparer ?
8, 10 — comparer ?
2 — « Rien. »
3 — « Rien. »
13 — Rien qu’un peu...





Le rituel de la dispersion des organes vitaux
théâtre
suivi de
Le nom Butterfly, théâtre
Les fossiles de Liliatrice, récit
Chez Eclats d’encre en 2001, 98 pages. Version papier épuisée.
Disponible en édition électronique revue et corrigée. 6,99 euros.
     Elles marchent en désordre.
     1 — Il nous a donné ces cannes.
     2 — Oui, d’abord je n’ai pas compris pourquoi.
     3 — Parce qu’alors nous ne savions pas encore qu’il nous faudrait partir.
     2 — Quitter notre chambre ? Traverser le parc ? La forêt ? Cette plaine ? C’est vrai, nous ne le savions pas.
     3 — Je pense qu’il se doutait que nous aurions à marcher longtemps. Il a essayé de nous aider, à sa manière, avec ces cannes.
     Cendre — Mais elles sont creuses. N’a-t-il pas pensé qu’à la moindre pression elles se briseraient ?
     1 — Non. Il ne pensait plus, il ne pouvait plus penser. C’est un geste, son geste. Il y avait ces cannes à côté de lui : il nous les a données.
     2 — Comme vous, j’ai la certitude que ces cannes ne nous ont pas été offertes pour nous aider à marcher. (À 3.) C’est vous la première, n’est-ce pas, qui les avez appelées “cannes” ?
     3 — Il s’est penché, il a tendu son bras, j’ai vu qu’il désignait quelque chose posé contre les rideaux. Je lui ai dit : “Les cannes ? Vous voulez que je vous apporte les cannes ?” Il a hoché la tête.
     Cendre — Elles sont trop légères pour des cannes. Si l’une de nous s’y retenait, aussitôt la canne céderait sous le corps...
Publié avec l’aide du Centre National du Livre.













Chiasme

récit publié par la revue Rue Saint-Ambroise n41, mai 2018.
C’est la pensée d’un livre si intense que ce livre en devient présent, comme s’il se tenait à côté de moi. Il évoque des animaux gigantesques et sombres, et menace comme eux de disparaître si je bouge. Quel est ce livre, et que faire pour le retenir ?




Vestiges
récit publié par Carbone n2, printemps 2007.
version revue et corrigée en téléchargement libre | PDF | EPUB
Quelques fragments consacrés au chant et à la mort du soleil, dont les derniers feux hantent encore les mémoires.








Ce que ville veut dire
chez Tarabuste, dans l’anthologie de Triages, pp.138-165, juin 2013.
revu et corrigé en 2016 pour les éditions Sulliver.
Suite de moments désespérés pris à notre quotidien, celui de la mécanique et du chômage, que vient bientôt coudoyer un autre poème, lointain, exotique, exubérant. Ou la ville comme pensée d’objets, le cerveau comme sa base molle, et le poème comme fenêtre.





La nuit du dibdak
livret mis en musique par Denis Dufour et Roberto Kenofsky
publié par le label Studio Forum, Virtual Zoo, 2001.

version revue et corrigée en téléchargement libre | PDF | EPUB

C’est l’histoire d’un loup dibdak qu’un lexicologue aurait enfermé dans une notice de dictionnaire, comme derrière les barreaux d’une cage. A travers cette grille austère, sens dérivés, usages lexicaux et citations littéraires laissent deviner le destin tragique du mammifère, source de honte pour les hommes.
EXTRAIT ICI



Huie
livret mis en musique par Jean-Luc Herv
publié par les éditions Suvini Zerboni, 2002.

entièrement réécrit en 2017, en téléchargement libre | PDF | EPUB

Une nuit se croisent la chanteuse Eladana, les Arquitectes d’Orange souterraine, une pianiste aux mains écorchées, et Oran, le Veilleur. Tous sont issus du frisson glacial qu’un poète appelle huie.






Butterfly le nom

livret mis en musique par Gérard Pesson
publié par les Editions Lemoine, 1998.
EXTRAIT ICI



Sept œils sauvages

livret mis en musique par Ingrid Drese
publié par le label Empreintes digitales, 2010.
EXTRAIT ICI



Ekhô

livret mis en musique par Frédéric Kahn
publié par le label Studio Forum, Zone de rêve, 2002.
EXTRAIT ICI



En effeuillant la marguerite

livret mis en musique par Denis Dufour
publié par Maison ONA, 2017.















Marc Jaffeux est l’auteur de pièces de théâtre, de pièces radiophoniques (France Culture, Radio Suisse Romande), ainsi que d’une vingtaine de livrets pour la musique contemporaine. Il co-traduit du danois la poésie de Marianne Larsen. Ses récits interrogent les liens multiples du réel aux mots, à leur poésie ; ils sont souvent pluriels, partagés entre plusieurs approches, comme si le fait d’écrire devenait fiction.











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